Samedi 16 avril 2011 6 16 /04 /Avr /2011 16:02

  Previously on kevinades.over-blog.com: j'ai abordé avec vous l'importance de l'humour dans l'enseignement. Pour le moment j'ai surtout évoqué les écueils à éviter, avant de conclure sur une grande question que n'importe quel enseignant débutant pourrait légitimement se poser:

Le jeune enseignant débutant, se demandant légitimement:    « Mais quel type de langage pourrait me permettre de faire rire mes élèves, m’assurant ainsi gloire et respect jusqu’à la fin de l’année ? »

 

   Je vous vois tous d'ici, amis lecteurs, dire que c'est un jeu d'enfant et qu'il suffit d'adopter le toujours efficace pipi-caca-prout! Mais je dis non, trois fois et demi non, c'est beaucoup trop banal, facile... Un peu d'ambition que diable!

 

 


      En se creusant un peu la tête, on constate qu'il existe des mots, pourtant relativement classiques, qui pour une raison mystérieuse font rire les gosses.

      Parce que, qu’on se le dise, c’est con, un gosse.

Il n’est ainsi pas rare de déclencher un fou rire général au simple usage des mots « banane », « patate » ou « cucurbitacée »… Et que dire du mot « slip »!

 

    Pourquoi ces mots en particulier ? Pourquoi « patate » fait-il plus rire que le mot « grammaire »… (Avez-vous déjà vu un gosse rire en entendant le mot « grammaire » ?). Pourquoi « banane » plutôt qu’ « antépénultième » (quoique celui-ci possède un certain potentiel, à tester…) ?

   Toutes ces questions mériteraient au moins une thèse de doctorat, mais en attendant, le fait est que ça marche !

 

 

 


    Si vraiment ça ne fonctionne pas, il reste toujours un ultime recours. Non, il ne s’agit pas de Chuck Norris ou de Steven Seagal.        Car il existe encore mieux.

 

Steven Seagal by Daikirai1988


  Nous avons vu précédemment qu’utiliser les recettes qui fonctionnent avec des adultes n’est pas forcément le moyen idéal de faire marrer une classe.


      Cependant, il est maintenant temps de nuancer ces propos. Car il existe un domaine humoristique universel, qui fait rire de 7 à 77 ans. J’ai nommé l’humour pipi-caca. D'ailleurs je suis pour le moins surpris que vous n'y ayez pas songé plus tôt! Certes, quelques enseignants un peu élitistes ne jurant que par la poésie et un humour aussi fin que délicat rechigneront peut-être à manier ce style populaire. Fous qu’ils sont.

 

     Parfois difficile à placer, une bonne blague pipi-caca dévoilera subtilement à vos élèves les vestiges d’humanité et de sensibilité qui subsistent encore dans l’incarnation faite homme du concept de perfection qui trône chaque jour devant eux (oula, celle-ci vous avez le droit de la lire en deux ou trois fois).

    Daigner de temps en temps se mettre à hauteur de ces petites créatures inférieures que l’on nomme enfants leur rappelle ainsi de manière salutaire qu’il y a longtemps, avant de devenir cet être d'exception, vous aussi, vous avez été un petit crétin de dix ans.        Et ça, ça n’a pas de prix.

 

Pee Pee and Caca by Colibio

 

 

    Comme je l’ai rapidement mentionné, la difficulté avec les blagues pipi-caca, c’est de les amener de manière opportune. Heureusement, certaines matières, certains thèmes abordés en classe s’y prêtent plus que d’autres. C’est le cas des sciences et de la leçon sur la digestion.

    Alors là, c’est la fête ! Non seulement vous n’avez pas à chercher des astuces plus ou moins capillo-tractées pour parvenir à placer une bonne blague pipi-caca, mais mieux que ça, faire ces blagues devient quasiment un objectif en soi ! Faire des schémas, lire des textes, faire des expériences autour des mots « excréments », « urine » et j’en passe, est forcément source de franche rigolade pour les mômes. Du coup, vous assurez comme une bête, vous êtes drôle, les gosses vous vénèrent et vos classes baignent dans une ambiance guillerette voire franchement festive.

    Bien joué.

  Et sincèrement, être celui ou celle qui apprend à des gosses la signification du mot « anus », ça n’a pas de prix !

 


 Chaque année, le thème de la digestion est donc forcément prétexte à moult kevinades. Comme vous êtes là pour ça, en voici une plutôt mignonne. Comme souvent en sciences, on commence par jauger ce qu’ils savent sur le sujet abordé. En l’occurrence, je leur demande de faire un dessin censé répondre à la question suivante : « si vous mangez un bout de pomme, que devient-il une fois entré dans votre bouche ? »

 

Pomme by Ainhochu

 

    Evidemment, à partir de là, on a un peu, si vous me pardonnez, à boire et à manger : du corps pour lequel il faut une certaine dose d’imagination avant de percevoir qu’il est humain au schéma sans aucune explication en passant par le précis d’anatomie ultra exhaustif pour lequel on est obligé de vérifier les infos, on trouve de tout !

 

     Et puis... on trouve des poètes, qui avec un bout de pomme sont capables de vous faire rêver : en voici un exemple que malheureusement je n’ai pas scanné.

     Appelons l’auteur de ce schéma Kevin. Un peu d’imagination vous sera nécessaire pour visualiser son travail.

 

     Tout commence dans la bouche, où notre petit bout de pomme débute son périple trépidant. Il n’y reste pas très longtemps, puisque bien vite il entame une descente vertigineuse vers une zone assez large et creuse qui semblerait bien être l’estomac.

      La suite ?

     Une nouvelle descente du morceau de pomme par le biais d’un tuyau vers une protubérance maladroitement dessinée : nous sommes dans ce qu’il serait convenu d’appeler le pénis.

      De cet appendice sortent de longs jets.

      A côté de ces jets, une légende griffonnée au crayon à papier : les mots sont logiques quoique légèrement erronés, mais tellement poétiques. Cette légende conclue le trajet épique du bout de pomme en intitulant sobrement ces grands jets: « jus de pomme ».

 

       De la poésie, vous disais-je.

Par MasterKevin - Publié dans : Le métier d'enseignant - Communauté : Oui la vie peut être marrante.
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Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 20:21

Kevin is not dead.


 

 

 

 

 

 

      Et oui, je sais, placer dans le même titre les mots humour et Jean Roucas tient de la provocation. Mais au diable les conséquences.

 

 


      Aujourd’hui, un nouveau conseil pour toi, apprenti professeur des écoles. Lis bien, prends des notes et surtout enregistre.

    Pour gérer une classe avec aisance, rien de tel que l’humour.

J’ose affirmer aujourd’hui, en prenant à témoin les 8 fidèles lecteurs de ce blog (salut Tata Jeanine ! c’est moi qu’j’écris sur mon blog !) : j’ose affirmer donc, que l’on peut tenir un élève (même difficile) par l’humour, ce qui entre nous, vaut quand même mieux que par les couilles…


 

Smile and laugh by tRuCciE

 

      Car oui, faire marrer des mômes, c'est se garantir la paix sociale, ça n'a pas de prix. Et, on ne va pas se mentir, on est entre nous : pas besoin d’un énorme potentiel comique pour y parvenir. En fait, c’est presque trop facile.

 

 

     À ce moment précis, mon jeune apprenti, tu t’inquiètes…

Le jeune apprenti qui s’inquiète : − « Faire rire ces 25 petits merdeux qui ne pensent qu’à m’asperger d’encre ou à me trancher la carotide avec leur équerre, vous n’y pensez pas maître… J’en suis tout bonnement incapable ! »

 

Tssss… Sot que tu es. Je reconnais bien là l’angoisse légitime de l’enseignant débutant. Et pourtant, pourtant, tu en es capable… Comme la Force, le sens de l’humour se trouve dans chaque molécule qui t'entoure et qui te constitue. Autour de toi et en toi. Il te suffit de chercher dans les tréfonds de ton âme… Non, pas là, un peu plus à gauche, avance un peu, voilà, ici !

   

 

 

Pour t’aider, parce qu'on ne devient pas un Jedi de l'humour  pédagogique sans un bon guide, quelques conseils pour devenir drôle en classe. C'est pour moi, ça fait plaisir.

 


Option n°1 : profiter de ses nombreuses et scandaleusement longues vacances pour assimiler l’intégrale des blagues et autres calembours de Jean Roucas.

Là, je t’entends d’ici, mon jeune collègue. Tu es circonspect.

Le jeune collègue, circonspect : − « Jean Roucas, vous êtes sûrs ? »

   

Absolument pas ! Comment peux-tu seulement y songer? Personnellement, je déconseille fortement cette option. D’une part tu prendrais un risque important pour ta santé mentale, d’autre part , c’est quand même complètement con de gâcher ses vacances à bosser. Quitte à passer pour des feignants toujours en vacances, autant jouer le jeu à fond.

 

 

Option n°2 : utiliser, en tant qu’adulte référent, un langage propice à la rigolade. Alors là, terrain miné. La facilité serait de céder à la tentation de la gaudriole et du triptyque bite-couilles-nichons. Certes, devant une bière au comptoir du PMU du coin, tu n’es pas le dernier à manier un langage fleuri pour illustrer tes exploits sexuels, réels ou imaginaires…

 

Je t’imagine déjà, tenté par mes propos.

Toi, tenté par mes propos : − « Le triptyque bite-couilles-nichons, mais c’est génial, je vais les faire se pisser dessus! »

 


Ben non, c'est pas si génial. N’oublie jamais, mon jeune Padawan, que la vie n’est pas un comptoir de PMU, et à fortiori, une salle de classe encore moins.

 

 

Obi Wan Kenobi Young Padawan by joefreakinrocks

 

Je suis même catégorique : cette option est à proscrire au sein de ta classe. Et ceci pour une bonne raison.

 

 

 

 

Quoi ?

 

 

 

 

Ah, oui, la raison. Eh bien, c’est très simple, suis mon raisonnement, cher lecteur.

Bien à l’abri dans le sanctuaire qui te sert de classe, tu utilises régulièrement un langage des moins châtiés afin de faire marrer la populace. Et ça marche ! D’allusions grivoises en plaisanteries salaces, tu remportes un franc succès. Tes élèves , bien légitimement, te vénèrent. Ils s’approprient ton langage et pour une fois ils réinvestissent quelque chose que tu leur as enseigné. Ils le réinvestissent dans la cour, dans leur quartier, chez eux… Quelle formidable victoire pédagogique !


Et pourtant tu as franchi la ligne rouge, tu sens bien au fond de toi que tu as vendu ton âme au diable pour te mettre des mouflets dans la poche, et ça, c’est pas joli-joli ! Du coup, très vite, un collectif de parents d’élèves se présente afin de te demander des explications. Plus probablement, ils veulent te casser la gueule ou t’intenter un procès, voire les deux.

   

 

L’humour grivois a un prix, n’est pas Laurent Gerra qui veut. (mais qui le veut?). Es-tu prêt à payer ce prix ami lecteur ?

 

Laurent Gerra Salon du Livre09 by ashmeran

 

Engouffrons-nous, dans l’hypothèse du procès. L’affaire ne manquant pas de piquant, les médias s’en emparent très vite. Tu deviens donc, contre ton gré, le centre d’attention du pays tout entier ! Est-ce bien cela que tu souhaites, ami lecteur ?

Ce fait divers déchaîne les passions, et contre toute attente certains se rangent de ton côté. C’est ainsi que, très vite, des manifestations pro-toi s’organisent, regroupant tous ceux qui pensent que ça ne peut pas faire de mal de parler aux gosses « en mode Bigard ».

Est-ce vraiment ce que tu veux, lecteur ?


Au premier rang de ces cortèges, sous ta photo grandeur nature, se tiennent main dans la main tous les partisans d’un déniaisement massif des enfants de la Nation : prêtres décomplexés, instituteurs barbus, moniteurs de colo et psychopathes belges… Tous unis derrière leur nouveau héros, j’ai nommé toi ! Les comités de soutien fleurissent un peu partout. Ton combat est leur combat.

 

Et tout ça pourquoi? Tout ça parce que tu ne m’as pas écouté, con de lecteur ! Mais bordel de merde qu’est-ce qui t’est passé par la tête !!!

   

  

 

 

 

 

 

Pardon, je m’emporte. Excuse-moi, ami lecteur. Ce n’est pas à toi que je m’adressais, mais au lecteur d’avant. Tu le sais bien, toi, qu’on ne dit pas d’insanités devant des élèves.

 

 

 

 

Heureusement, je suis là pour toi mon ami, et demain, tu auras enfin La réponse à La question: -" mais nom d'une pipe, quel type de langage puis-je donc utiliser afin de faire glousser mes jeunes élèves?"

Par MasterKevin - Publié dans : Le métier d'enseignant - Communauté : Oui la vie peut être marrante.
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Lundi 7 mars 2011 1 07 /03 /Mars /2011 22:43

Salut à toi ô mon frère

Salut à toi peuple khmer

Salut à toi l'Algérien...

 

Enfin salut à toi qui me lis.

 

Juste un petit message à tous ceux qui ont remarqué la présence sur le blog d'une nouvelle bannière: fruit du travail d'un illustrateur talentueux de ma connaissance. Je pense qu'on est bien dans l'esprit du blog et j'avoue être assez content du résultat.

 

Je ne peux donc que vous encourager à jeter un oeil sur le blog de cet illustrateur, qui figure déjà en lien dans la rubrique liens (c'est bien foutu quand même).

 

C'est ici que ça se passe: link

 

Allez, bises les lapins.

Par MasterKevin
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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 11:31

     L’histoire d’aujourd’hui est tirée d’un fait réel. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé ne peut donc vraisemblablement pas être fortuite.

 

     C’est un souvenir douloureux. Parfois, il m’arrive encore de me réveiller brusquement au milieu de la nuit, baignant dans ma transpiration, parce qu’il fait un peu trop chaud… Souvenir douloureux mais que je vais malgré tout partager : mon cas personnel importe peu, le monde a le droit de savoir. Enfin à défaut de monde les trois ou quatre lecteurs réguliers de ce blog feront bien l’affaire.

 

 

     C’est arrivé un mardi. Je m’en souviens comme si c’était hier, sauf que ce n’était pas hier, puisque hier nous n’étions pas un mardi.

     Dans la carrière d’un enseignant, il y a plusieurs étapes déterminantes : par exemple ma première classe et mes premiers élèves restent quelque chose de particulièrement mémorable. Ma première inspection aussi.

 

     Car c’est bien de cela dont il s’agit aujourd’hui : ce moment terrible et angoissant que constitue une inspection. Pour les profanes, sachez que l’Inspecteur est notre supérieur hiérarchique. Sauf école particulière ou situation exceptionnelle, il ne nous adresse la parole qu’une fois tous les quatre ans, ou cinq, ou six… Ce moment où l’institution daigne s’adresser au petit personnel dure environ 1h30 : temps durant lequel l’Inspecteur observe l’enseignant en classe puis s’entretient avec lui sans les élèves. Il résulte de tout ça une note, note qui conditionne la rapidité de notre avancement (et c’est à peu près tout). Ensuite, ben c’est reparti pour quatre ans minimum d’attente/de tranquillité (rayer la mention inutile).


      Bref, une inspection ça n’arrive pas souvent et ça a peu de conséquences. Ça n’en reste pas moins stressant. En général on range sa classe à fond la veille, on refait les affichages récalcitrants, on vérifie qu’aucun problème matériel ne viendra perturber le bon déroulement de la journée.

 

     Ce fastidieux intermède explicatif effectué, il m’est maintenant possible de vous narrer ma première inspection : moment épique, oh oui, moment épique...

 

 


Mardi matin. Petite école de campagne.

Inspecteur – 15 min. Incident – 30 min.

 

      Récréation. La pression monte. Planqué dans un coin reculé, je révise. Poser une division : OK. Voix calme et posée : OK. Convictions pédagogiques : OK. Blagues : OK. Connaissances des programmes : je connais même par coeur la bio du ministre de l’Éducation Nationale.

 

9782845634749FS

 

 

 

     Neutralisation d’un ou deux élèves potentiellement dangereux par un subtil mélange de menaces et de promesses d’une récompense future : OK.

     Vérification de l’état du petit dur de la classe (appelons-le Kevin)…

 

… … … … …

 

      Ben merde, il est où ce con ? Oh purée… Faut que je me ressaisisse. Je respire un bon coup. Voilà, ça y est, maintenant je peux paniquer ! Haaaaaaaaaaaa !

 

Inspecteur – 1 min. Incident – 16 min.

Début des emmerdes : ben, maintenant !


 

      Cellule de crise installée. À ma droite : une élève me dit que Kevin fait encore une crise de nerfs. À ma gauche, un élève ajoute que Kevin est en train de se barrer de l’école. Devant moi, ma collègue qui m’explique que l’Inspecteur arrive. Haha.

 

Inspecteur : c’est now ! Incident : - 15 min.


Poser une division : OK. Voix calme et posée : on verra ça plus tard. Convictions pédagogiques : OK. Blagues : OK. Connaissances des programmes : mouais pas le temps pour ces conneries…

 

      Organisons-nous : ma collègue accueille le grand patron tout en gérant nos deux classes. Je m’élance à la poursuite de mon champion en m’efforçant de garder en tête que je n’aurai pas le droit de l’étriper une fois rejoint. Le bougre est déjà à la grille ! Je passe en mode Michael Dudikoff version ninja : petits pas chassés, roulade avant, double saut périlleux… Ma proie ne peut m’échapper, je fonds sur elle tel un asthmatique en crise sur sa ventoline.

 

Ninja by bumhand

 

      Kevin est en larmes et moi pas loin, il ne semble pas vouloir obtempérer, après un tir de sommation je suis donc contraint de le plaquer au sol. Le bougre se débat en hurlant, et l’espace de quelques secondes quelque chose d’intense se passe entre le professeur et son élève : genre complicité incroyable, mais sans la complicité. En plus c’est chouette parce que je me souviens que je ne dois pas le tuer.

 

 

Inspecteur : en attente ! Incident : - 8 min.

Poser une division : OK. Voix calme et posée : parfaitement, un peu comme durant ma puberté. Convictions pédagogiques : OK. Blagues : on va peut-être laisser ça de côté pour le moment. Connaissances des programmes : pourquoi faire ?

 

 

 

 

      Kevin finit par obtempérer, bien aidé par sa faculté à parcourir la distance grille-classe sans que ses pieds ne touchent le sol ! Entrée triomphale : la foule pas en délire ne nous acclame pas, pas plus que l’Inspecteur. Mes élèves sont silencieux, en attente. Je force Kevin à avancer en le maintenant fermement par la main. Il pleure à chaudes larmes, sa morve coule à grandes eaux… C’est le bon moment pour saluer mon supérieur d’une poignée de main franche et virile. Kevin s’assoit. Je suis désormais dans les meilleures conditions pour prouver mon savoir-faire professionnel : ok, open your eyes and enjoy !

 

Inspecteur : en observation! Incident : - 3 min.

Poser une division : OK. Voix calme et posée : ça revient gentiment. Convictions pédagogiques : à fond ! Blagues : j'ai bien envie de tenter une spéciale Jean Roucas. Connaissances des programmes : nan, vraiment, ça ne revient pas…

 

     Occultant les sanglots de Kevin, je me consacre au reste de ma classe qui dieu merci a décidé de se sortir les doigts afin de démontrer que nous, dans cette classe, on n’est pas des guignols niveau apprentissage.


 

     Autant vous le dire, après un début compliqué, je sens à ce moment précis que je reprends la main et que ça va bien le faire !

     Autant vous le dire tout de suite, ça ne va pas le faire du tout ! Car en bons lecteurs attentifs, vous n’êtes pas sans avoir remarqué ce petit compte-à-rebours aussi discret que mystérieux, sobrement intitulé par moi-même « Incident ». Ben on y est, c’est maintenant. Le début de la fin.

 


      Seulement, auparavant et comme souvent, je suis obligé de faire un petit aparté… L’Inspection, c’est le mardi si vous vous rappelez bien. Hors, le lundi, nous allons à la piscine. Je vous dis ça parce que malgré des années de réflexion infructueuse sur ce qui a bien pu se passer ce jour-là, je reste persuadé que ça a un lien avec la piscine… Donc gardez ça en tête. Je vous rappelle aussi que j’ai rangé ma classe la veille.

 

      Au moment de l’incident, j’évolue avec adresse entre les rangs, transférant adroitement mon savoir à des élèves concentrés et désireux d’apprendre. Évitant avec grâce les cartables et autres trousses qui pourraient me faire trébucher et donc m’affaler comme une merde, je dispense mon enseignement avec discernement. Tout en zieutant vers le sol, rapport aux cartables et autres obstacles incongrus. Et c’est là que je la vois : celle dont on ne doit pas prononcer le nom, le chaos rampant que même Lovecraft il n'y avait pas pensé, l’abomination ultime qui me fait perdre immédiatement l’intégralité de ma santé mentale.

 

homage to lovecraft by valzonline-d34jr64

 

 

Nom de Zeus! Sur le sol. Là. Devant moi. Au milieu de la classe… 

 

 

 

 

 

 

Une petite culotte…

 

 

 

 

 

Inspecteur : qui ça ? Incident : quoi ça ?

      Poser une division. Voix calme et posée. Convictions pédagogiques. Blagues. Connaissances des programmes.

 

 

      De la suite des événements je n’ai qu’un vague souvenir… Je me souviens avoir brièvement demandé qui était l’heureuse détentrice de ce magnifique objet… je me souviens avoir vécu un grand moment de solitude lorsque, la culotte à la main, personne dans la classe n’a daigné me répondre… Je me souviens avoir prestement balancé cet objet maléfique dans un coin de la classe avant de reprendre ma séance comme si de rien n’était. Pourtant, après l’Incident, rien ne fut plus jamais pareil…

 

     Je ne saurai jamais si l’Inspecteur a vu ce qui s’était passé. Il ne m’en a pas touché un mot.

 

      Pire encore, je ne saurai jamais d’où cette foutue culotte a bien pu sortir, ni à qui elle appartenait… Toute ma vie il me faudra vivre avec cette énigme à l’esprit. Toute ma vie. On n’a pas un métier facile…

Par MasterKevin - Publié dans : Le métier d'enseignant - Communauté : La salle des maître(sse)s
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Mercredi 16 février 2011 3 16 /02 /Fév /2011 20:35

     Ceci est la suite de l’anecdote narrée dans l’article “ Raclures, clopes et Usual Suspects. ” : une histoire croustillante que je ne peux que vous inviter à relire avant de vous plonger dans ce qui va suivre.

      Pour ceux qui ont la flemme, un petit résumé s’impose : nous avons, au sein de nos établissements scolaires, quelques petits problèmes avec le tabac. Ainsi, souvenez-vous, arrivait-il à ce bon vieux Kevin d’amener à l’école son paquet de clopes.

 

      Alors oui, c’est vrai, ça surprend la première fois. Moins la deuxième. Arrive même un moment où on n’est plus vraiment étonné. Bon, j’avoue, entendre un mouflet de Ce1 dire qu’il a déjà fumé ça reste quelque chose d’assez surréaliste. Mais en cherchant bien, on doit encore pouvoir trouver plus jeune.

 

      Faisant preuve de pragmatisme (certains diraient de radinerie, je préfère pour ma part les termes « circonspection pécuniaire ») ; ma première réaction est souvent de me demander comment font-ils pour se payer des cigarettes à leur âge ? C’est seulement après que j’envisage l’existence éventuelle de dysfonctionnements familiaux et autres carences éducatives…

 

     Je disais donc que, mine de rien, on s’habitue à ces petites infractions au règlement intérieur de l’école. Là où vraiment ça surprend, c’est quand le gamin ne se contente pas de fumer. Non m’dame. C’est quand il est carrément accro !

 


      Alors dans la série on ne change pas une équipe qui gagne ben on reprend les mêmes protagonistes que ceux de l’anecdote citée ci-dessus. À savoir ce bon Kevin et moi-même. Car effectivement il s’agit du même Kevin, de la vraie graine de champion. Vous rajoutez autour de nous une vingtaine de figurants d’une dizaine d’années et vous aurez une vision relativement juste de la situation.

 

      La journée s’annonce classique : math, français… La routine quoi. C’est ça qui est chouette avec les kevinades, c’est qu’on ne les voit pas venir ! Seul élément un peu original, l’utilisation de la salle des fêtes pour faire un peu de sport. À défaut de gymnase, on fait avec les moyens du bord.

 

      Du coup c’est l’expédition : il faut conduire les fauves à travers les méandres des rues du village. Il s'agit de ne rien laisser au hasard. Bouclier anti-émeute, taser. Oublier ses réflexes urbains pour en revenir aux fondamentaux : passage piéton, trottoir… Se servir d’un lexique simple et accessible : « stop ! », « traversez ! »… Un mot de trop et c’est le drame. Vigilance, sens aux aguets…

   Vous savez ce qu’il y a de pire que marcher dans une merde de chien ? C’est un de vos élèves qui marche dans une merde de chien, en plus ça porte même pas bonheur.

 

    Je mène donc mon troupeau groupe vers la cible, d'une main de fer dans un gant du même métal. Mode roi de la route version Nonne Troppo. Non, mieux, en mode guerrier de la route, genre Mad Max dans son Interceptor.

 

Max by WolfieArtGuy

 

      L’asphalte est mon domaine, je décide de la cadence, je dis qui va devant, je fais et je défais les rangs à ma guise. Je leur fais faire ce que je veux ! Hahaha ! Purée c’est déjà agréable d’être le Big Boss dans la classe, mais maintenant qu’on est dehors c’est encore mieux. Je suis grisé, mes cheveux volent au vent, il ne manque qu’un autoradio et le doux son d’Highway to Hell des AC DC pour avaler les kilomètres!

 

AC DC Walpeper by FACTOR7

 

    Alors évidemment, j’entends d’ici les esprits chagrins venir me dire qu’il est assez étrange pour ne pas dire déconcertant de constater que je m’enflamme à ce point alors que finalement, je suis à pince, en compagnie d’une classe de marmots dont au moins deux ou trois membres font les guignols dans mon dos… Certes. Effectivement.

  Mais j’en ai rien à foutre, parce que c’est moi le patron, et que si j’veux je peux même demander aux gosses de faire le bruit du moteur avec la bouche! Hahaha ! C’est moi qu’je suis le roi de l’asphalte ! VROUM! VROUM!

 

...

...

...

Pardon.

...

...

...

Désolé.

...

...
...

 

      Reprenons, pour ceux qui sont encore là, le cours de notre histoire. Nos pas nous amènent tout naturellement vers notre objectif : la salle des fêtes. Pendant une bonne heure nous y pratiquons avec sérénité l’activité prévue. Activité qui n’a, dans ce contexte précis, aucune importance. Vient alors le moment du départ, du retour vers l’école.

   Je vous rappelle au passage que le thème abordé aujourd’hui est le suivant : « la dépendance psychique et physiologique aux substances addictives à base de certains types de plantes de la famille des solanacées chez les hominidés de moins de dix ans. » Voila, ça vous revient ? Attention, je cause depuis un moment mais l’anecdote est en fait très rapide : soyez vigilants !

 


      Tout le monde est bien rangé, nous sommes prêts à partir. Un rapide passage en revue de mes troupes m’informe que Kevin est en dernière position. Bon, je sais où je vais devoir concentrer mes efforts de surveillance. La colonne se met en marche et entame son périple vers l’école. L’incident se produit dans les 30 premières secondes, non, ça n’aura pas traîné !

Je me retourne, pour voir mon bon Kevin seul, dix mètres derrière le groupe, devant la porte de la salle des fêtes. Quand il me voit il court vers nous, l’air coupable.

 

    Punaise je suis encore obligé de faire une digression : mon conseil aux débutants (ça faisait longtemps !). Un gamin qui a l'air coupable l'est-il nécessairement?

     Quand on débute et qu’une connerie est faite, on est encore un peu une brêle en psychologie infantile : du coup celui qui prend, c’est le gosse qui nous fait suer en permanence, celui qui nous les brise, celui qui a une tête de coupable parfait. Choix par dépit mais choix logique, une nouvelle affaire de résolue. Alors oui, celui qui a l'air coupable l'est.

     Quand on a de la bouteille comme votre serviteur, on navigue parfaitement dans les arcanes de la psyché de ces petits êtres pervers et malsains que sont les enfants : du coup, celui qui prend, c’est aussi le gosse qui nous fait suer en permanence, celui qui nous les brise, celui qui a une tête de coupable. Mais cette fois, c’est un véritable choix assumé voire revendiqué, parce que de toute façon s’il est innocent de ce dont on l’accuse, ce p’tit con aura forcément quelque chose à se reprocher quand même!

 


     Mais revenons en à nos moutons : Kevin nous rejoint, avec le mot coupable qui clignote sur son front. Je regarde l’endroit où il se trouvait, je le regarde lui, il serre le poing très fort, et là, tout se met en place. C’est énorme ! Suivez le guide.

 

 

1) La porte de la salle des fêtes ne reste pas ouverte toute seule.

2) Du coup pour la maintenir, on utilise un grand pot en fer rempli de sable.

3) De plus, dans la salle des fêtes, il n’y a point le droit de fumer.

4) Par conséquent, les gens utilisent ce fameux pot de fer en guise de cendrier.

5) Donc le pot est rempli de mégot.

6) Et comme Kevin sert le poing…

 

cigarette by vanilla tapes

 

Hypothèse n°1 : Kevin n’a plus de clopes, il a bien l’intention de se fumer un petit mégot plus tard.

Hypothèse n°2 : Kevin est accro, il a bien l’intention de se fumer un petit mégot plus tard.

Hypothèse n°3: J'ai bien du mal à comprendre mais il semblerait que Kevin ait l'intention de se fumer un petit mégot plus tard.

 

    Quand finalement Kevin finit par ouvrir la main, bingo ! Il s’agit bien d’un mégot !

 

   Alors amis lecteurs, en tant que  non-fumeur invétéré, j’ai besoin d’être rassuré : à vous tous les gros fumeurs, dites-moi que fumer un bout de clope déjà fumé par une autre bouche, que dis-je ! Déjà suçoté, mordillé, puis jeté parmi les ordures et autres crachats voire raclages de gorge… dites-moi, au nom de tout ce qui est beau sur cette planète, dites-moi que ce n’est pas normal ! Il en va de ma santé mentale…

Par MasterKevin - Publié dans : En dehors de l'école - Communauté : Professeurs des écoles
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Préambule aux Kevinades

     Mesdames et messieurs, soyez les bienvenus.

 

     Sachez que, dans chaque école de France, il y a des hommes et des femmes, des anonymes courageux et modestes oeuvrant dans l'ombre afin de rendre vos enfants moins niais. Ces ouvriers du savoir, que dis-je, ces guérilléros de l'instruction, doivent en plus composer avec une hiérarchie au mieux indifférente et au pire oppressante...

 

     Ces gens sont courageux, ces gens méritent votre respect, ces gens sont les martyres de notre société moderne... et je ne suis pas l'un d'entre eux!

 

     Enfin si, quand même. Mais ici point de militantisme, point de jugement, point de lamentations... Mais plutôt un point de vue léger sur notre belle école française, l'école si chère à Charlemagne, Jules Ferry, Jack Lang et autres Luc Chatel... Ces gros branleurs qui feraient bien d'aller sur le terrain de temps en temps.

 

     Ce point de vue original vous est offert avec l'aimable participation de Kevin. Kevin c'est la quintessence même de l'élève, celui qui dit une grosse connerie comme celui qui sait plus de trucs que vous. Le Kevin erre dans l'école, toujours prêt à frapper... Ce qui me permet d'assister régulièrement à ce que l'on appelle déjà dans les milieux autorisés les Kevinades.

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